Pr SHANDA TONME, Président du MPDR et Médiateur Universel

SHANDA TONME s'exprime sur l'affaire Gaelle ENGANAMOUIT : " ce qu’elle a fait ne relève pas de la plus belle façon ni d’honorer notre société, ni nos valeurs, ni nos enfants pour la postérité, mais ne la tuez surtout pas, ne la jetez pas dans la cage aux fauves"

L’urgence d’une sagesse collective s’impose, car plus que jamais, nous vivons à travers la désacralisation de nos dieux, de nos vedettes, de nos tabous, de nos triomphes, de nos gloires, de nos fétiches, la vraie consécration de la nature humaine qui banalise les orgueils, et nous rappelle que tout est vanité, que nous sommes poussière et redeviendrons poussière.

Hier, nous nous acharnions tantôt sur Samuel Eto’o, tantôt sur Natalie Koah, tantôt sur Ndedi Eyango et tantôt sur Camille Nimb. Aujourd’hui, c’est autour de Gaelle Enganamouit, avec le verbe, le ton fort et des épithèques dures qui expriment autant d’états d’âmes inconsolables et volontiers inconciliants.

Certes, chaque civilisation porte en ses entrailles, des cultures et des traditions de pensée, de comportement et d’engagement. De même, ce qui fait la force des nations, c’est le socle de valeurs qui formulent à la fois ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, ce qui est célébré et vénéré, et ce qui relève des interdits.

Nous sommes tous d’accord, sur la préservation de nos identités, de nos valeurs jalouses, mais au fond, qu’est ce qui différencie ce qui en nous demeure caché, secret et protégé dans notre mémoire personnelle, de ce qui est connu, rendu public, ventilé et disséminé ? La vérité c’est que la condition humaine est plurielle, pendant que le sens profond de l’humanisme renvoie à une certaine pluralité.

Non, ne mettez pas à mort si vite nos dieux, nos apôtres et nos représentants, ceux qui d’une manière ou d’une autre, portent, ont porté ou portèrent le drapeau. Que celui qui est irréprochable de toute faute, de toute dérive et de toute défaillance ou outrage de quelle que nature que ce soit, se lève et marche tout droit vers le paradis des hommes intègres. A son arrivé à destination, on lui révélera ses tares exécrables. Non, nous sommes tous fautifs, coupables, mortels et sanctionnables.

Le châtiment, la critique, la sanction, le reproche et le rappel à l’ordre, forment la barricade légitime qui nous maintien dans nos valeurs sacrées et partagées. Mais, l’exacerbation de la critique transformée en haine, en jalousie et en exclusion, ne sert personne, ne sert pas notre cause commune et ne grandira jamais une société humaine. Parlez de Gaelle, dites-lui que ce qu’elle a fait ne relève pas de la plus belle façon ni d’honorer notre société, ni nos valeurs, ni nos enfants pour la postérité. Mais ne la tuez surtout pas, ne la jetez pas dans la cage aux fauves, car près de vous, loin de vous, dans vous, dorment autant de dérives et emplissent dans l’obscurité du silence, toutes les têtes couronnées et tous les hauts commis de notre société.

Ce qui fut refusé avec acharnement à Ndedi Eyango, est aujourd’hui autorisé à Samuel Eto’o. C’est aussi la dimension humaine du temps, qui enseigne et recommande la révision des radicalismes, la tolérance, le dialogue et la compassion./.

SHANDA TONME