Honneur et Fidélité : Entre paix et guerre : le dilemme des Nations

Croisières de missiles à toutes les altitudes, salves d’artillerie, crépitements de fusils d’assaut, offensives, contre offensives, esquives, renversements de fronts.

Assurément le donné à voir est éblouissant, surtout accompagnés d’éléments de langage agressifs et grandiloquents.

Après quelques semaines de sevrage, le monde tient enfin son nouveau conflit de haute intensité.Une guerre bien chaude, du genre que l’on avait cru disparu, à la suite de l’extinction de l’autre guerre dite froide.

Or, ceci n’était qu’une cynique posture oratoire, certainement destinée à calmer les appréhensions de ceux sur qui pesait jusqu’alors l’épouvante des luttes d’influence entre deux blocs antagonistes.

La paix tant espérée, la paix tant annoncée, n’aura duré que le temps d’un discours.

De fait, depuis la chute du rideau de fer et la proclamation de l’avènement de la multipolarité, jamais la guerre n’a autant prospéré, les lignes de fractures ne cessant de se multiplier, se déplaçant et fluctuant au gré de l’affirmation des souverainetés très souvent en lutte, aux hégémonies croissantes, résurgentes ou naissantes.

Voilà qui fait le malheur du monde, voilà qui fait surtout le malheur de l’Afrique, enjeu majeur de ces jeux de puissance, jeux dans lesquels des centaines, des milliers de vies humaines sont engagées, sacrifiées, à l’image de pions sur un échiquier, au nom des ambitions de positionnement géostratégique d’acteurs venus d’ailleurs.

Ainsi, de ses confins orientaux à ses limites occidentales, de la Méditerranée aux Grands Lacs en passants par le Golfe de Guinée, notre continent est le siège d’innombrables conflictualités déstructurées, dispersées, complaisamment qualifiées de conflits de basse intensité.

Basse intensité peut-être, mais des conflits tellement persistants dans l’espace et le temps qu’on les dits gelés, voire oubliés.

Une appréciation qui tombe sous le sens, puisqu’en faisant le bonheur et la fortune des marchands de canons, trop pressés de réapprovisionner les arsenaux en permanentsdéstockage, l’on peut se permettre d’oublier la tragédie quotidienne de millions d’hommes, de femmes et d’enfants, jetés par colonnes hétéroclites sur les routes de l’exode.

Tant que les fauteurs de guerre trouvent prétextes et espaces pour donner libre cours à leurs lugubres appétits, tant que l’industrie de l’armement tourne à plein régime, l’on peut se permettre de geler les souffrances des populations prises en étau entre le fracas des bombes, le réchauffement du climat, la montée du niveau des océans, les cyclones et tornades qui détruisent tout sur leur passage, les incendies hors normes que personne ni rien ne semble capable d’éteindre, les sécheresses qui déciment le reste.

Autant de périls pour la survie même de l’espèce humaine, mais qui n’attirent ni l’attention qu’ils méritent, ni même l’octroi de ressources comparables à celles allouées aux dépenses militaires, ces dernières étant du reste promises à un vertigineux essor.

Au final, l’actuel foyer de crise qui fait flancher la médiasphère, ne vient qu’en rajouter à l’agitation thermique d’un environnement mondial déjà en surchauffe.

Et vogue la galère, car il est fort à craindre que nous ne soyons guère près d’en sortir, du moins pas tant que le son du canon continuera de l’emporter sur l’appel à la raison des mendiants de la paix.

Capitaine de Vaisseau,

ATONFACK GUEMO,

Chef de Division de la Communication - MINDEF