LE CRIS DE COEUR DE L'ENSEIGNANT HAMINOU DÉCÉDÉ CE 8 MARS 2022 APRÈS 10 ANS DE TRAVAIL SANS SALAIRE

Je suis persuadé avoir fait le bon choix : éduquer !

J'ai tenu a apporter ma contribution à la construction de l'édifice le plus important de toute société : l'éducation nationale !

C'est avec fierté que j'ai suivi la formation afin de pouvoir transmettre avec méthode et amour le savoir à la jeune génération.

J'ai cru en mon pays et l'espoir était mien de travailler en jouissant de la paie qui en découle car l'ouvrier devrait mériter son salaire.

Que n'ai-je pas sacrifié pour me rassurer d'avoir fait et très bien fait mon travail ?

J'ai bravé la famine, les intempéries, les insultes, le mépris, les difficultés de tout genre.

Il fallait toujours garder le sourire devant les apprenants pour ne pas laisser transparaître la souffrance intérieure, les nuits sans sommeil...

L'espoir d'un lendemain meilleur m'a fait tenir le coup, malgré ma santé qui se détériorait, ma fille que je ne pouvait scolariser à ma guise, mon épouse que je ne pouvais encadrer comme souhaité, mes parents qui attendaient voir la preuve de ma maturité et surtout de ma responsabilité...

10 ans de travail sans matricule ;

10 ans de travail sans salaire ;

10 ans de sacrifices ;

10 ans à espérer un lendemain meilleur ;

10 ans de douleur pour celui qui contribue à forger la société ...

C'est avec fierté que je disais être enseignant... et au delà éducateur... même si au même moment au fond de moi je ressentais de l'amertume : pas contre ceux que je forge, mais contre ceux qui ont été forgés et sont devenus les gourous de leurs forgerons.

Le mouvement OTS m'a fait croire qu'enfin j'aurais une solution à mes problèmes... que je serai enfin un enseignant digne... que je rentrerai en possession de mes dûs... QUE JE POURRAI ENFIN DONNER À MA FILLE CETTE ÉDUCATION QU'ELLE MÉRITE. Que l'enseignant serait enfin valorisé.

Hélas! J'ai pas tenu et les choses ont eu raison de moi. La mort a frappé à ma porte et j'ai pas eu la force de resister.

Chers collègues, je suis parti et je souhaite que ma mort soit votre force, vous mes chèr-e-s collègues. Tenez bon! Il faut que la situation des enseignants soit améliorée. LA REVISION DU STATUT DE L'ENSEIGNANT CAMEROUNAIS S'AVÈRE UN IMPÉRATIF CATÉGORIQUE.

Dites-leurs qu'ils sont tous passés entre nos mains... rappelez-leurs plutôt car ils le savent.

Dites-leurs que nous faisons notre travail d'éducateurs en jouant en même temps leur rôle de parents.

Dites-leurs que nous passons plus de temps avec leurs enfants (nos enfants) qu'eux-mêmes.

Dites-leur qu'il est impératif de revenir à L'ÉDUCATION NATIONALE CAR L'ÉDUCATION EST ASPHYXIÉE.

NE PLEUREZ PAS POUR MOI...

OEUVREZ POUR UN CHANGEMENT POSITIF ET SURTOUT DURABLE.

À QUAND LES PROCHAINS ÉTATS GÉNÉRAUX DE L'ÉDUCATION NATIONALE AU CAMEROUN ?

Une Imagination d'Édith Flaure MIPO TCHINKOU, Architecte ONAC N° 412