Culture : DE YAOUNDÉ À MELILLA : Récit autobiographique de Robert Alain LIPOTHY

DE YAOUNDÉ À MELILLA Cahier de mon aventure

Récit autobiographique de Robert Alain LIPOTHY

Yaoundé, le 09 février 2022 Centre artisanal de Yaoundé.

DE YAOUNDÉ À MELILLA est l'intitulé du récit autobiographique de 125 pages du jeune auteur camerounais,Robert Alain LIPOTHY. L'homme a à peine 43 ans aujourd'hui ; alors qu'il n'en avait que 26 au moment des faits en 2005,voici bientôt 17ans. L'ouvrage, qui a pour sous-titre:Cahier de mon aventure, a été publié en décembre 2021 ,il y a à peine cinq semaines ,par les éditions Proximité à Yaoundé au Cameroun.

Dans un style direct et simple, proche du style journalistique et également avec un ton franc et sincère, les étapes remarquables , surtout effroyables, franchement incroyables,d'une longue et difficile aventure de la traversée périlleuse , terriblement dangereuse,dans des conditions surréalistes- du continent noir (et ce pour émigrer clandestinement en Europe)sont retracées par un jeune homme ,que de rudes et impitoyables épreuves ont viseblement transformé en un être humain physiquement et mentalement ou psychologiquement fort, à la foi chrétienne solide, d'un altruisme énorme,d'une solidarité sans frontière . Précisons déjà que l'auteur de ce récit époustouflant de 8 chapitres, le témoin vivant d'une succession d'événements tous aussi traumatisants les uns que les autres, la victime authentique des atrocités du désert comme des dures réalités de bien d'autres cruautés d'une nature sauvage et , malheureusement aussi, des agissements animaux de nombre d'êtres humains foncièrement méchants ,est aujourd'hui Consultant sur la question des migrations irrégulières et de la traite des humains sur le corridor Afrique Centrale-Afrique de l'Ouest-Maghreb- Europe. Depuis 2008,il est Président de l'Association des rapatriés et de lutte contre l'émigration clandestine du Cameroun (AREOC). En page 13 de son livre qui laisse difficilement indifférent tout esprit ouvert,toute âme sensible,Robert Alain LIPOTHY conclut sa Note de l'auteur ,en affirmant , laconique ; mais, manifestement décidé:"[ ...] je suis parti,j'ai vu et je ne le ferai plus,pas plus que je ne le conseillerais à personne". Tel nous semble un engagement personnel pour le moins fort.

Le préfacier de ce livre bouleversant-l'homme aux analyses froides et profondes,le philosophe sage qu'il ne dit pas toujours,le grand patriarche africain et déjà très célèbre et talent d'exception dans le monde du football -Joseph Antoine Bell-orateur doué pour des formules appropriées à chaque situation-utilise bonnement des termes justes, vraiment indiqués, pour situer en avertissant bien le lecteur (déjà assez bien engagé derrière chaque phrase du texte qu'on ne souhaite plus quitter des yeux). " Le récit de Robert Alain LIPOTHY,qui a l'avantage du vécu et le mérite de n'occulter aucun détail de la vie et du parcours de ces voyageurs anachroniques,est le type de migration contre lequel nous devons lutter de toutes nos forces et avec tous nos moyens." La nature et l'itinéraire du voyage, ajoute-t-il, doivent suffire à indiquer au candidat migrant que le jeu n'en vaut absolument pas la chandelle. Et c'est un grand citoyen du monde moderne, l'un des plus illustres voyageurs d'expérience qui parle en Joseph Antoine Bell,le nom moins formidable préfacier de cet ouvrage au récit rocambolesque , lorsqu' il indique clairement que :" Les voyages de grandes distances,de nos jours,se font par avion et vous n'êtes pas certain de vous plaire dans le pays d'accueil. Si cette même grande distance doit être effectuée autrement- à pied, à moto, en voiture, à cheval- cela est une indication que de grandes difficultés vous attendent. L'auteur de VU DE MA CAGE(une autobiographie) et aussi de FLASHBACK(une somme de judicieuses réflexions sur sa riche carrière sportive et ses édifiantes expériences des réalités des choses, surtout tout au long de sa vie parmi les hommes), précise finalement une autre vérité, dans le style franc, froid,direct,strict, réaliste,sincère et profond qu'on lui connaît généralement. " Il n'est pas certain qu'en connaissance de cause,tous ceux qui embrassent l'aventure, se lanceraient dans cette traversée du désert à la rencontre de passeurs inhumains,qui n'ont aucun respect pour la vie humaine."

Voilà ! Tout est dit,ou presque , et bien dit ,en termes d' alerte ou comme conseils à tous ceux qui seraient encore tentés par de telles aventures vers les extrémités des difficultés au quotidien, durant de longues journées et de longues nuits, d'interminables semaines, d'éternels mois,une indéfinissable année de misère . Tenez! À la page 20 ,on peut lire deux paragraphes successifs, aux petits détails éloquents.

" Vers 18 h30, j'arrive à Kumba ,en zone anglophone. Je ne parle pas l'anglais.Malgre celà,je me débrouille et on m'indique où prendre la voiture pour Mamfe.Le départ, c'est pour 19 H30 et le billet coûte 4000 FCFA. La route n'est pas bitumée,un trajet d'environ 200 km.Nous sommes neuf dans une berline de cinq places : cinq personnes à l'arrière et quatre devant. Avec les bagages sur nos genoux, c'est l'inconfort total.

À peine sorti de Kumba,panne sèche ! Et il pleut. Le chauffeur nous abandonne au milieu de nulle part ,pour aller chercher du carburant. Par chance,la zone est un fief notoire de carburant de contrebande, souvent frelaté. Le chauffeur finit par en trouver et nous repartons. On arrive à Mamfe au lever du jour,de sorte qu'il n'est plus nécessaire de chercher une chambre d'hôtel pour dormir.[...] Pour le voyage Mamfe- Ekok,un trajet d'une soixantaine de kilomètres, la route est très mauvaise. On passe d'un bourbier à un autre. Et, souvent,il faut les traverser à pied pour alléger la voiture. Nous arrivons à Ekok vers 15 h. Ekok est une bourgade perdue au fin fond du Sud-Ouest du Cameroun. Ville frontalière avec le Nigéria,elle voit défiler, chaque jour, quantité de migrants que l'on reconnaît aisément à leurs accoutrements: blouson, jeans,sac à dos. J'ai pris soin de mémoriser les grandes étapes de mon itinéraire jusqu'aux confins du Maroc."

 

Plusieurs autres passages de l'ouvrage : DE YAOUNDÉ À MELILLA : CAHIER DE MON AVENTURE, sont aussi le reflet des moments de terreur.Arretons-nous ,un tant soit peu, à la page 89: "Le mont Gourougou, c'est 900 mètres d'ascension sur des sentiers de chèvres. Pour des gens chaussés de sandales et de tongs, avec des plantes des pieds largement entamées, assommés de fatigue et de sommeil,ce n'est pas évident. Et les roches qui sont friables par endroits, n'arrangent rien. Qu'à cela ne tienne,au prix des efforts surhumains,nous parvenons au sommet avant le lever du jour. Combien de temps ai-je dormi? À mon réveil, j'ai la sensation d'être revenu à Maghnia. Les mêmes ghettos sont reconstitués construits en matériaux encore plus précaires. Les effectifs ne sont pas moins denses. Seule différence notable, contrairement à Maghnia qui est un désert, Gourougou est une forêt de sapins .[ ...]

Depuis les hauteurs du mont,on peut voir la ville de Béni Ansar,on voit Nador juste devant,et un peu plus loin c'est l'enclave de Melilla,que tous ceux qui sont là rêvent de franchir un jour. C'est tout juste à 5 km, à vol d'oiseau. C'est grisant. Cette portion de terre , que je peux voir de mes propres yeux,c'est l'Europe. Le continent de tous mes rêves,celui où je compte refaire ma vie,celui qui me permettra de changer le quotidien de mes parents restés au pays. À la tombée de la nuit, les lumières s'allument au loin dans les trois villes,et on peut voir que celles de Melilla sont particulières. Dans l'obscurité de la montagne, à en juger par le seul éclairage,on fait bien la différence entre l'Afrique et l'Europe. L'Europe brille d'une lumière spéciale Pas de doute,c'est là qu'il faut aller. Je m'y vois déjà. Cette nuit là,je m'endors avec des étoiles plein les yeux. Un tohu-bohu infernal me tire de mon sommeil. Les gens courent dans tous les sens,en hurlant dans toutes les langues. La panique est générale. Que se passe t'il ?Je perçois un bruit d'hélicoptère, et je me mets à chercher l'engin de mes yeux. Le jour ne s'est pas tout à fait levé, et mes yeux chassieux ne m'aident pas beaucoup. Mon instinct me dit de courir et non de poser des questions. J'empoigne mon sac qui me servait d'oreiller,et je fonce dans une direction.Soudain, je me retrouve face à un gendarme harnaché comme un Ninja. Je change de direction et accélère. Sur le flanc de la montagne,je glisse sur une roche et tombe.Et, pendant quelques dizaines de mètres,je dévale la pente en roulant sur moi-même.[... Arrivé au pied de la montagne,je fonce tout droit et je parcoure ainsi 5 km environ, avant de m'affaler, à bout de souffle. Quand je finis par me reprendre,il n'y a personne autour de moi. Je suis seul; mais, j'ignore où je me trouve." Cet extrait de texte s'arrête à la page 90.

L'un des charmes particuliers de cette douloureuse histoire,est le style narratif adopté par son auteur. On aurait dit un écrivain de métier,un historien de l'instant,un journaliste de terrain, qui rapporte les faits vécus,les choses vues et entendues. Ses propres sentiments ou jugements sur le cours inimaginable, inattendu, rapide et trépidant des évènements , importent très peu ou pas du tout. Tel un reporter attentif à tout et emporté par le feu de l'action, captivé par la succession des évènements qu'il vit,qu'il observe;mieux ,qu'il couvre,il capte et restitue les images fortes. Il décrit les phases essentielles,les moments nécessaires de l'histoire qui se déroule sous ses yeux.La différence ou, plutôt la nuance à signaler,ici; c'est qu'il se trouve aussi être l'acteur majeur,le personnage central des évènements qu'il raconte. D'experience,nous dirons qu'il est généralement difficile de bien faire les deux ! Mais, voilà une autre dure épreuve,qu'il domine heureusement bien, sans parti pris flagrant.Bravo! Il existe, cependant,quelques limites, dans cette production littéraire.La perfection est-elle de ce monde? Au-delà des coquilles qui ont certainement échappé à la vigilance des relecteurs de la maison d'édition Proximité, le récit, captivant à souhait, manque cruellement d'illustrations photographiques ou, tout au moins ,des dessins pouvant accentuer les traits des descriptions, à défaut de confirmer l'authenticité des faits sur le terrain. Autre chose :les seuils de lecture de ce livre paraissent,eux aussi, étrangement sobres,timides,pour ne pas dire pauvres.

La première de couverture( ou,si vous voulez,la page- titre )paraît terne,sombre,peu parlante,assez distraite par rapport au contenu vivant, excitant, tonitruant même de l'histoire racontée. La couleur bleue claire, retenue pour les lettres du titre et du sous-titre, et la noire, choisie pour les noms des auteurs et du préfacier,alternent pourtant magnifiquement avec celles de la mer méditerranée, représentée sur le dessin de couverture où un aventurier en détresse apparaît bizarrement calme et serein.On peut se demander,ici, pourquoi il n'affiche pas son excitation? N'y avait il pas un autre dessin où celui-ci essaye de traverser la mer méditerranée ?

Probablement ,c'était une question de choix. Des goûts et des couleurs, comme vous le savez certainement,on discute en vain. Sur un autre plan,le papier d'impression du livre est,il est vrai,assez flexible; même si les petits caractères de la police d'écriture auraient pu être différents et en mieux ; surtout si des moyens conséquents avaient été alloués à l'édition du livre. Voila également de petites remarques et de modestes suggestions ! Celles-ci n'enlèvent ,ni ne diminuent rien de la qualité de l'œuvre. Tous les intérêts humain,social, historique, politique, idéologique, littéraire de ce récit épique ,ne sont pas à négliger.DE YAOUNDÉ À MELILLA : CAHIER DE MON AVENTURE s'avère un document de base, intéressant, sur une actualité encore brûlante. Il ne s'agit pas moins d'un témoignage historique . Ce récit poignant sur une expérience humainement enrichissante, n'enseigne pas autre chose que des leçons à apprendre de toute aventure humaine édifiante.

On note, par exemple,le courage et la témérité dont un jeune peut et doit faire montre personnellement;face à l'adversité.Ne jamais baisser les bras. Tant qu'il a la vie,il y a de l'espoir. Autre réalité à noter: les conséquences désastreuses d'une idée fixe et pourtant erronée de vie paradisiaque en Occident,se découvrent où se confirment dans le récit.

De nombreux jeunes , notamment en Afrique, envoûtés qu'ils semblent parfois être par des rêves fous que distillent abondamment les réseaux sociaux,la télévision,le cinéma,la radio,les journaux imprimés et d'autres médias de masse, devraient lire méditativement ce livre. Leurs parents, aussi. Nos grands décideurs, également! La remarquable histoire que raconte ce livre- l'expérience considérable vécue par un jeune enthousiaste, plein d'ambitions;mais, embarqué dans une vision chimérique,englué dans une position compliquée , noyée dans une situation complexe et enfermé dans une mauvaise direction- mérite d'être connue de beaucoup et donc d'être partagée . Bravo à l'auteur, Robert Alain LIPOTHY ! Bonne lecture à tous ! De votre aimable attention, merci,!

N O T E DE L E C T U R E de Lazare Etoundi

Journaliste Principal Hors Échelle Spécialiste es Arts, Culture et Communication.