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Opinions : SHANDA TONME : Le Contentieux historique Franco – Camerounais L’incontournable devoir de mémoire

EN MARGE OU AU CŒUR D’UNE VISITE Le président Français Emmanuel Macron au Cameroun

Ma mère témoigne : « tu n’avais que quatre ans, et la guerre était partout. Nous n’avions pas de vie. Tout se faisait avec une certaine peur au ventre, parce que nous ne savions pas quand reviendraient les avions pour larguer de l’huile chaude, de la poudre et d’autres substances qui sentaient mauvais et brûlaient tout. Les avions surgissaient et c’était le feu partout, même les bananiers brûlaient. Rien ne résistait. Toi, tu étais notre plus grand problème, toujours très têtu. Alors que tout le monde courait se réfugier, tu n’arrêtais pas de sortir, et de pointer le doigt vers le ciel en criant, aviooonnnnn. A plusieurs reprises, tu as failli me faire tuer, et toi avec, car je courrais pour te récupérer ».

Les événements se passent à Bangou, en 1958, mon village natal, dans le département du Grand Mifi. Les avions dépêchés par la France, ont fait des milliers de victimes, et jusqu’à ce jour, des endroits qui avaient subi le déversement du napalm, demeurent non cultivables. Rien n’y pousse.

1964, je suis élève à l’école principale de Ndom, dans la Sanaga Maritime. Un matin, la rumeur circule, l’école est triste, les enseignants parlent à peine, le directeur NjipLinjeck, écharpe au cou, a fait une brève apparition et est rentré s’enfermer chez lui. En fait, devant le camp des commandos, sont exposées huit têtes de supposés maquisards. Parmi ces têtes, un élève de la classe de CMI, Mbélél. Le pauvre innocent s’était rendu au champ après les classes le vendredi pour cultiver, comme d’ailleurs le faisaient plusieurs élèves d’âge murs. La soldatesque coloniale appelée « Commandos », avait tué notre camarade, un élève studieux, doux, plein de vie, chaleureux. Je reste marqué à vie, et il me sera difficile d’oublier Mbélél.

Voilà ce qu’a été la guerre d’indépendance, la guerre cruelle, impitoyable et terrible, menée par la mère patrie, pour réduire et envoyer dans la tombe, les espoirs et les ambitions du mouvement nationaliste camerounais qui se voulait fondamentalement pacifique, selon les propos de Ruben Um Nyobe à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU. C’est la France qui imposa la violence à l’UPC et non l’inverse.

L’occasion d’une visite, devrait aussi servir de temps de mémoire et de pardon. Nous n’allons pas refaire l’histoire, mais le Roi de France, nous doit un pardon, publique, clair, précis et sans détours. Après, nous ferons notre propre introspection, pour comme me l’avait dit le regretté général Mambou, répondre à la question suivante : « D’accord, la France l’a fait, mais nous, qu’avons-nous fait après » ? Nous ne demandons pas de refaire l’histoire ou de la falsifier, nous souhaitons que l’Occident qui n’arrête pas de pourchasser les criminels Nazis et de demander pardon à d’autres peuples à l’instar des Juifs, des arméniens, des indigènes des Amériques, demande également pardon aux Africains et à haute voix. Le Président Macron sera reçu dans un esprit de dialogue, de fraternité et de réconciliation, s’il consent à faire ce geste. Ce n’est plus seulement souhaitable, c’est nécessaire et indispensable./.

Yaoundé, le 25 Juillet 2022

SHANDA TONME

Président de la Commission, Médiateur Universel