Santé : Milda, la solution pérenne pour lutter contre le paludisme au Cameroun

Pour lutter efficacement contre le paludisme, le gouvernement camerounais a opté pour la prévention, à travers l'intensification des campagnes nationales de distributions gratuites des moustiquaires imprégnées à longue durée d'action (Milda).

En 2020 par exemple, les formations sanitaires sur l’étendue du territoire national, ont enregistré un taux de mortalité proportionnelle élevée chez les enfants de moins de 5 ans, soit 35,7%, contre 9% chez les femmes enceintes et 8,9% chez les personnes âgées de plus de 5 ans (NMCP 2020).

Des statistiques qui montrent que le paludisme reste une maladie assez mortelle. Et pour s'en prévenir, les moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action Milda, ont été l’une des méthodes forte, utilisées par l’Etat du Cameroun.

Face à l’ampleur de ce fléau, le gouvernement camerounais en a fait sa priorité dans sa Stratégie Sectorielle de Santé 2016-2027, en soutenant la mise en œuvre du Plan National Stratégique de Lutte contre le Paludisme durant la période 2019-2023. Des interventions multiformes dudit plan, mises en œuvre sur le terrain par le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP), avec l'appui des partenaires de l’Etat, concernent notamment, l’approvisionnement des formations sanitaires en combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (ACT) ; la réalisation de tests de diagnostic rapide (TDR) ; la distribution gratuite des moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action (Milda) aux populations à travers des campagnes de masse et aux groupes cibles ; la Chimio prévention du paludisme saisonnier (CPS) ; et la distribution gratuite de la sulfadoxine - pyriméthamine (SP) aux femmes enceintes pendant la grossesse, au cours des consultations prénatales. Ces stratégies qui restent pour la plupart méconnues des populations, au regard des victimes de paludisme, méritent d’être relevées à leur juste valeur.

Au Cameroun, le paludisme est essentiellement causé par trois espèces plasmodiales, parmis lesquelles le plasmodium falciparum, le plasmodium malariae, et enfin le plasmodium ovale. Toutefois, les études récentes signalent la présence de plasmodium vivax dans plusieurs localités du Cameroun. Ces pathogènes sont transmis essentiellement par six espèces majeures, dont l'Anophèle gambiae, l'Anophèle coluzzii, l'Anophèle arabiensis, l'Anophèle funestus, l'Anophèle nili et l'Anophèle moucheti. Les études récentes ont indiqué la présence des Plasmodium chez les primates en zone de forêt du sud Cameroun, proches de Plasmodium falciparum. S’agissant de la lutte contre le paludisme, la lutte antivectorielle (LAV) a été suspendue au Cameroun comme dans la plupart des pays africains, dans la période 1961 - 1990. Ce n’est que plus tard avec l’expérimentation et la vulgarisation des MII que cette dernière a été reconsidérée.

Le Cameroun y a activement participé grâce à de nombreuses études conduites par les équipes de recherche de l’OCEAC/ORSTOM, de l’Institut de Recherches Médicales et d'Etudes des Plantes Médicinales (IMPM) et du Ministère de la Santé Publique. C’est d’ailleurs au Cameroun que le tout premier centre d’imprégnation de moustiquaires en Afrique a vu le jour, à Douala en 1992. L’avènement de l’initiative «Faire Reculer le Paludisme » en Anglais «Roll Back Malaria», (RBM), adoptée par le Cameroun en 1999, a permis de passer à la mise en œuvre de cette intervention à grande échelle.

La promotion des moustiquaires imprégnées a été réalisée par la combinaison de plusieurs stratégies parmis lesquelles, les ventes promotionnelles des moustiquaires imprégnées, l'implication des organisations non gouvernementales, et les campagnes de distribution gratuite des moustiquaires imprégnées aux femmes enceintes et aux enfants de moins de cinq ans, associées ou non aux campagnes de vaccination.

On a ainsi vu à partir de 2003 une augmentation progressive de la disponibilité et de l’utilisation des MII au sein des communautés. Entre 2002 et 2007, le PNLP a distribué environ 1 800 000 de moustiquaires imprégnées aux populations cibles.

En 2011 et 2015, deux campagnes de masse successives de distribution ont été conduites, au cours desquelles, près de 8 millions et 12 millions de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action (Milda), respectivement ont été distribuées gratuitement aux populations. Dans la population générale, le taux d’utilisation de la MII est passé de 5 à 30%, pendant cette période. Le taux de possession (une moustiquaire pour deux) est passé de 1 à 59% entre 2004 et 2018, tandis que le taux d’utilisation de la MII est passé de 1 à 54% pendant cette même période (INS and ICF, 2020).

Une autre campagne a été réalisée par le ministère de la santé publique en 2019, au cours de laquelle plus de 10 millions de moustiquaires ont déjà été distribuées aux ménages, pour un taux de couverture de 91,8%. Ce taux a varié de 85,2% dans le Littoral ; à 95,4% dans le Nord-Ouest. Certaines zones caractérisées par une forte endémicité palustre et un niveau élevé de résistance aux pyréthrinoïdes, telle

que la région de l’Est, ont reçu les moustiquaires de type PBO (NMCP 2020). Samuel Bondjock