CONFLIT INTERCOMMUNAUTAIRE ENTRE ARABES CHOAS ET MOUSGOUM: QUE RETENIR ?

Par Charly KENGNE

Depuis plus de 72h déjà, la ville de Kousseri, commune située dans le département du logone et chari, région de l'extrême nord du Cameroun serait en feu. Du fait d'un affrontement intercommunautaire opposant les éleveurs arabes choas et les pêcheurs de l'ethnie Mousgoum. Ce qui aurait paralysé la ville. On parle là d'au moins 19 morts, des blessés graves, trois (03) villages ainsi que le marché central de kousseri incendiés et des portés disparus. À l'origine de cet affrontement, une dispute de terre à des fins agropastorales.

Rappelons également qu'en août dernier au moins 30 personnes avaient été tuées et plusieurs autres blessés lors d'un affrontement causé par ce conflit territorial entre arabes choas et Mousgoum dans le logone Birni, commune du logone et chari.

Cette situation désastreuse et chaotique a entraîné des déplacés par milliers de citoyens camerounais résidant dans cette partie du pays en direction du voisin Tchadien fuyant ainsi les troubles et toutes autres actes de grand banditisme liés à cette situation d'insécurité dans cette région. D'où la sortie du Président de la transition Tchadienne qui appelait à une aide et un soutien de la communauté internationale face à l'arrivée massive de ces réfugiés sur son sol.

Après avoir posé le problème, essayons de comprendre réellement ce qui s'y passe.

S'il est vrai que ce conflit en lui même porte les germes d'un certain nombre de réalités sociales et même sociétales auxquelles sont confrontées nos concitoyens de ses régions là, il n'en demeure pas moins que l'approche geostrategique devrait nous obliger à revoir les politiques économiques et sociales de développement dans ces régions et bien plus encore le dispositif sécuritaire déjà présent.

La principale raison de cet affrontement étant une lutte territoriale pour des raisons logiques parce qu'il faut rappeler que l'économie dans cette partie du pays se résume essentiellement à deux choses : la pêche et l'élevage. Dans un tel contexte, la terre devient une source de convoitise parceque permettant l'exercice d'une activité économique et donc fait vivre des familles. À partir de cet instant on peut facilement comprendre pourquoi des communautés peuvent s'affronter pour le contrôle d'un espace géographique surtout si celui renferme des conditions nécessaires à une bonne economie pouvant faire vivre ce peuple... L'histoire de l'humanité s'est écrite dans ce type d'affrontement pour le contrôle d'un espace géographique riche ou fertile à une économie fleurissante. D'ailleurs l'histoire de ses deux communautés démontrent à suffir que ces affrontements ont plusieurs fois existé par le passé. Bien que depuis quelques mois aujourd'hui, ils (affrontements)semblent se multiplier.

Sur le plan social et même sociétal, ceci traduit 03 choses :

1- l'échec de l'élite de cette région qui du haut de leur bourgeoisie comprador , par leurs positions dans l'appareil administratif et leurs relations politico-administratives se sont pratiquement accaparés de toutes les bonnes terres présentes dans cette localité , laissant ainsi des résidus terres à peine fertiles pouvant permettre aux populations de continuer à vaquer à leur activité économique en toute quiétude. Cette rareté des terres a donc poussé les uns et autres à la recherche d'espace terrien où ils pouvaient continuer à exercer leur activité au point de se retrouver sur des terres dont ils n'avaient pas l'habitude avec toutes les conséquences que nous vivons aujourd'hui.

2- Incapacité pour l'Etat avec en tête le gouvernement à n'avoir pas penser à diversifier les secteurs d'activités économiques déjà présentes dans cette localité de façon à donner aux populations un large éventail de choix en dehors de la pêche et l'agriculture. Sans oublier la prise en compte du boom démographique qu'a connu ces régions et donc le besoin de nouvelles terres arabes pour les populations.

3- la faible représentativité de l'autorité de l'Etat dans cette partie du pays précisément les autorités administratives et sécuritaires sinon comprendre qu'un affrontement comme celui là ait causé autant de morts et de dégâts matériels avant que l'ordre ne soit rétabli. Ceci c'est sans parler de cette catastrophe humanitaire avec des milliers de déplacés internes et réfugiés Camerounais en territoire étranger.

Sur le plan geostrategique, beaucoup ne le savent pas mais ces affrontements intracommunautaires sont aussi une pratique coutumière de la secte terroriste BOKO HARAM ils l'ont plusieurs fois utilisé au Nigeria en opposant des communautés pour ainsi fragiliser l'Etat et son autorité dans les localités où ils sont en activité. D'ailleurs comment comprendre les sources d'approvisionnement en armes entre les belligerants ? Qui aurait le plus à gagner dans ces affrontements ?

S'il est vrai que malgré la présence de l'armée camerounaise dans cette partie du pays, boko haram y est encore du moins quelques de ces combattants ou sympathisants disséminés dans la population.

Du fait de la proximité anthropologique, linguistique et culturelle entre les populations de cette partie du Cameroun avec d'autres résidant de l'autre côté de la frontière entre le Cameroun et le Tchad, le Cameroun et le Nigéria, un pareil conflit intercommunautaire peut facilement s'élargir et menacer même la stabilité de ces 03 pays que sont le Cameroun, le Tchad et le Nigeria. Donc vivement que les autorités camerounaises en synergie avec ses voisins de l'autre côté de la frontière trouve une solution commune à ce problème au-delà des solutions internes propres à chacun de ces États respectifs.