"Akiki", Transgenre Camerounais et activiste pour les Droits Humains

Cameroun - Genre : La visibililité Trans mise sur le carreau au travers de l'association Affirmative Action

L'être humain se résume quelquefois par son appartenance à une communauté, sa culture raciale ou encore par son rapport qu'il entretien avec lui et les autres. La sexualité étant l'une des prérogatives dans cette schématisation graduelle de la société, le rejet de la non conformité à ces préceptes environnementaux calque quelque peu la démésure qui s'y rencontre. Le Cameroun, pays qui respecte les Droits Humains se voit souvent pointé du doigt par cette non-aptitude à devoir léguer l'expansion d'une sexualité autre que celle des personnes dites "cisgenre" (plus communément appelé hétérosexuelles).

Ce 31 mars 2021, s'est célébrée la "Journée internationale de la Visibilité Trans". En effet, il s'agit d'un évènement annuel (créé en 2009) qui a lieu à cette date et qui est consacré à la célébration des personnes transgenres et à la sensibilisation, à la discrimination auxquelles font face les personnes trangenres du monde entier. Encore inconnue au Cameroun, cette journée passe quelquefois inaperçue car la société reflète un rejet considérable pour ces personnes à la sexualité jugée inappropriée. La société Camerounaise bien encrée dans la protection des valeurs et des moeurs cantone ces personnes qualifiées de "différentes" au même titre que les LGBTQ (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres, Queers), ou encore aux homosexuels tout court.

L'associaltion Affirmative Action dans son assertion de protéger et sensibiliser les communautés contre les discriminations, a donc reçu des personnes qualifiées de transgenres dans ses locaux ce 31 mars 2021 à Yaoundé, en vue d'explorer cette approche liée au genre sexuel. Il faut noter que Affirmative Action est une organisation de la Société civile camerounaise qui œuvre dans le domaine de la santé communautaire, lutte contre la stigmatisation et la discrimination à l’égard des populations hautement vulnérables et promeut leur accès aux services de santé à travers des actions de prévention, de sensibilisation et d'accès aux soins de santé. 

Rappelons que l'homosexualité est interdite au Cameroun par une loi qui stipule que : « Est punie d'un emprisonnement de six (06) mois à cinq (05) ans et d'une amende de vingt mille (20 000) à deux cent mille (200 000) francs, toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe. ». 

À l'exception de l'argument relatif aux conditions d'introduction de ce texte dans le code pénal camerounais, effectué par l'ancien Président Ahmadou Ahidjo par ordonnance du 28 septembre 1972 (sans passer par le processus légal d'élaboration de la loi par le parlement), les autres critiques restent toutefois pertinentes.

"Je parle un peu de l'expression de genre, du fait que la société reconnait en elle deux genres, le genre masculin et le genre féminin, qui n'intègre pas encore le troisième genre. Quand on essaie par exemple de se rendre dans les formations sanitaires, on rencontre des problèmes de stigmatisation et de discrimination, parce-que de part leurs expressions, on arrive pas à se demander si ce sont des hommes, ou si ce sont des femmes, et aussi dans le même sillage, de part leurs expressions elles sont des femmes et de part leur identité avec leur CNI elles sont différentes, ce qui fait problème.

Il y'a aussi qu'on les associe, on les confond aux homosexuels, du coup elles sont victimes de discrimination. Et de ce fait, la plupart n'osent même pas se rendre dans les formations sanitaires et préfèrent subir chez elles, peu importe le problème de santé qui les tenaillent, elles préfèrent rester chez elles, et on recours parfois à des voies pas très recommandables. Il faut donc trouver des solutions à leur différents problèmes de santé.

S'il faut parler des Droits de manière générale, elles sont beaucoup confondues aux personnes homosexuelles, pourtant ce n'est pas le cas. Il n'est pas question qu'elles soient transgenre, c'est une question d'identité sexuelle et non d'orientation sexuelle. Comment elles sont vues, Comment elle se perçoit, ça n'a rien à voir avec les relations sexuelles. Donc il y'a cet amalgame là, et nos autorités judiciaires font des abus.

Parce-que moi j'appelle ça des abus. Arrêter une personne parce-qu'elle n'a pas d'identité, qu'elle s'identifie comme une femme parce-qu'on ne peut pas l'identifier, je pense que quelque part il y'a problème et arrêter une personne parce-que son faciès présente une autre personne d'un autre genre et que sa carte d'identité dit autre chose, je pense que c'est quand même un abus.

Et de là à lui faire subir des différentes violences, lui faire subir une honte qui ne dit pas son nom, l'associe à une personne homosexuelle, la forcer à avouer qu'elle est une personne homosexuelle, vraiment je trouve que c'est traumatisant et c'est vraiment un abus. La personne Trans reste une personne, un être humain, elle s'identifie ainsi, ce n'est pas quelque chose ou on se lève un matin et puis on se dit ou s'imagine être transgenre". A réagit Akiki, transexuelle Camerounaise activiste qui milite pour les Droits de l'Homme et Directeur Exécutif de l'association "Positive Vision". 

Durant les échanges, la dénommée Estelle PORSHIA, transgenre et Directeur Exécutif de l'association "Transgenre Action Féministe", s'est dit très inquiète de la discrimination qui se fait ressentir au sein de cette petite communauté au Cameroun. Elle évoquera des cas suicides pour certains, des cas de malades qui n'ont pratiquement pas accès aux soins de santé adéquats, mais surtout a demandé aux pouvoirs publics de mieux s'informer sur leur cas. 

"Cette journée nous amène à mettre l'accent sur tout ce qui a déjà été fait, et de participer à la visibilité trans et peut-être aussi sur ce qui reste problématique, qui reste un frein, parce-que quand on a des personnes transgenres, c'est des choses que beaucoup avaient perçues comme venant d'ailleurs, des choses qu'on ne voit que chez les blancs, ou venant des Etats-Unis. Mais on oublie qu'ils naissent comme ça. Quand vous discutez avec les trans ils vont vous dire que ce n'est pas seulement une question de race, de la représentation physique, mais c'est une question intime, c'est une question que nous ne pouvons pas citer...

Dans un contexte où nous parlons de respect de la dignité, parce-que c'est l'un des grands principes des droits de l'Homme, nous ne pouvons qu'affirmer que les êtres humains quelque soit leur race ou leur sexe méritent ce respect de la dignité et nous voyons qu'au Cameroun, beaucoup de textes sont abordés dans ce sens. Progressivement il y'a des secteurs qui s'en plaignent encore, peu connus dans la société, voire intouchables.

Nous sommes dans une société qui nous impose certaines règles. Les principes cardinaux des Droits de l'Homme tournent autour de la dignité. Vous devez traiter chaque être humain avac dignité. Ce que vous ne souhaiteriez pas qu'on vous fasse en tant que être humain, vous ne devez pas le faire aux autres...". A dit Mme EVA, ex Secrétaire Général des Droits de l'homme au Cameroun. Cette dernière a évoqué les principes de l'universalité, la sacralité des droits de l'Homme, le respect de la dignité humaine et l'acceptation de l'autre durant les échanges. 

Odile Pahai